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Personnes à l'état de mort cérébrale

Masahiro Morioka

traduit du japonais par Hiroko Shohoji et Papa-ours

 

chapitre 1: la mort cérébrale comme vecteur de relations humaines

 Ce que les médecins ne voient pas

     La plupart des théories sur la mort cérébrale ont pour auteurs des médecins et il est certes normal que les chirurgiens du cerveau écrivent sur la mort cérébrale puisque ce sont eux qui connaissent le mieux les symptômes médicaux de l'état de mort cérébrale.

    Néanmoins, ça ne signifie pas pour autant, qu'ils connaissent l'essence de la mort cérébrale : ils n'en connaissent que les aspects médicaux et peut-être ignorent-ils du tout au tout, ce que ressentent et pensent les membres de la famille d'une personne à l'état de mort cérébrale, au même titre que les influences potentielles de la reconnaissance de la mort cérébrale comme mort physique, sur notre société et notre culture.

    L' essentiel du problème de la mort cérébrale est: : "comment devrions-nous aborder les  personnes à l'état de mort cérébrale dans notre société?". Je pense que le souci des gens ordinaires n'est pas la médecine du cerveau sinon la manière d'être avec les personnes à l'état de mort cérébrale.

    J'essaie de l'expliquer pour mieux me faire comprendre.

    Il y a un livre intitulé "Théorie de la mort cérébrale" ( Soshisha, déc. 1986 ) écrit par le chirurgien du cerveau Hiroshi Mizutani. C' est un très bon livre écrit avec une grande ouverture d'esprit. Le premier chapitre de ce livre commence par ceci :

    La mort concerne le cerveau même s'il ne s'agit pas de mort cérébrale. En conséquence, avant de parler de mort, on va ausculter  les mécanismes élémentaires du cerveau ( p. 15 ).

    Après suivent deux pages explicatives sur le système limbique, le lobe rachidien et la moelle épinière avec une grande section d'un cerveau. La théorie de Mizutani peut être considérée comme le point de vue médical sur la question puisqu'il parle d'abord de mécanismes et de section du cerveau.

    Un autre exemple. Le livre intitulé "La mort cérébrale" (Nihon Kirisuto-kyo Shuppankyokai, avril 1988),  relate une série de dialogues entre un médecin nommé Tadao Tsubaki et un théologien, à savoir Katsumasa Seki. Ce livre aussi commence par la description des symptômes de la mort cérébrale et parle de la tension, de la respiration artificielle, du mécanisme du système limbique et du lobe rachidien au moyen d'une section de cerveau.   

    Bien sûr que des connaissances médicales élémentaires s'avèrent nécessaires. En outre, il y a des gens, comme Takashi Tachibana, qui prétendent que l'on ne peut pas discuter de la mort cérébrale tant que l'on n'en ait pas parachevé l'étude médicale.  Ils ont certes raison. .

    Mais personnellement, je me demande pourquoi beaucoup de gens commencent leurs discours sur la mort cérébrale par une section du cerveau? Est-ce que ces gens s'imaginent comprendre parfaitement la mort cérébrale par le simple fait de connaître la section et les mécanismes du cerveau? Je pense que de cette façon, nous comprenons la mort cérébrale essentiellement du point de vue du praticien. .

    Peut-on appréhender la conception de la mort cérébrale dans son entièreté en se limitant au point de vue des médecins?

    Je ne le pense pas. L'essentiel de la mort cérébrale se trouve ailleurs.

    La plupart des théories partagent cette conception : " quand on comprend le contenu du cerveau, on comprend également la mort cérébrale ".  On ne peut jamais percevoir l'essentiel de la mort cérébrale tant qu'on la regarde à travers cette conception.

    Je vais essayer de la voir avec vous par un autre biais..

 

la mort cérébrale pour les membres de la famille

    Il y a trois catégories de personnes autour de ce type de patient dans un hôpital : les médecins qui s'occupent de la résurrection du cerveau, les infirmiers qui s'occupent des soins et les membres de la famille qui attendent à l'extérieur de l'unité de soins intensifs.

 Les médecins se concentrent sur l'état du cerveau parce qu'il n'est pas possible d'appliquer un quelconque traitement adéquat sans connaître les parties endommagées du cerveau et son état général. Vu sous cet angle, on peut dire que les médecins affrontent "le cerveau même du patient".

    Les infirmiers sont dans une autre situation que les médecins.  Ils se concentrent sur le corps en observant l'aspect du patient et en décodant les différents signaux des appareils et moniteurs de surveillance. Nous pouvons donc dire que les infirmiers affrontent "le corps du patient".

    Les membres de la famille sont encore dans une autre situation. Si le patient est un étranger pour les médecins et infirmiers, pour les membres de la famille c'est quelqu'un d'irremplaçable avec qui ils ont partagé la vie jusqu'à ce moment-là. De plus, ils ne sont autorisés à entrer dans l'unité de soins intensifs que durant quelques minutes deux ou trois fois par jour et ce sont là les uniques occasions de le voir et de l'approcher.  Pendant ces brefs instants, ils retrouvent "une personne connue" avec qui ils partageaient la vie.

    Imaginons que, malgré tous les efforts déployés par l'équipe médicale, le patient soit entré en état de mort cérébrale : la famille sera invitée dans l'unité de soins intensifs où le médecin lui annoncera le diagnostique. A ce moment-là, la famille au chevet du patient  n'affrontera ni son cerveau ni son corps mais "sa personne" à l'état de mort cérébrale.

    Nous, les gens ordinaires, sommes confrontés à la mort cérébrale uniquement quand quelqu'un de notre famille ou un proche se trouve dans cet état. A ce moment-là, dans l'unité de soins intensifs, nous ne trouvons pas au chevet d'un cerveau mais bien d' "une personne" ou d' "une personne à l'état de mort cérébrale".

    On peut dire que pour nous, les gens ordinaires, le plus important n'est pas qu'il y ait un cerveau à l'état de mort sinon une personne à l'état de mort cérébrale. Si cette théorie s'adresse aux gens ordinaires, il faut commencer par parler de "personne" et pas de "cerveau".

   

    à suivre.....

 

   

 

 

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