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les philosophies de la vie, la sociologie de la vie et la mort, la bioéthique, l'éthique environnementale, la critique de la civilisation moderne

Qu'est-ce que l’étude de la vie ?

Masahiro Morioka

traduit de l'anglais par Hiroko Shohoji

 

    1.Qu'est-ce que l'étude de la vie ?

    2. La déclaration de l’étude de la vie : six propositions (2000)

    3. Sur les termes "l'étude de la vie"

  

1.     Qu'est-ce que l’étude de la vie ?

 

 De la biologie ou une nouvelle religion ?

 Ni l’une ni l’autre. L’étude de la vie est une recherche académique. Elle peut se classer parmi les sciences humaines. Elle doit connecter la recherche académique et la vie même du chercheur parce que nous étudions « la vie » et nous-mêmes sommes « vivants ». Nous pouvons y trouver une structure intéressante en référence à nous-mêmes. L’étude de la vie est un projet libre comme l’étude des femmes, l’étude des handicapés et l’étude de la paix. Les organisations contre l’avortement et les groupes de Yoga  utilisent souvent  le mot « la vie », mais nous n'appartenons pas à l'un de ces groupes.

 

Mais qu'est « la vie » alors ?

 « La vie humaine » et « les autres formes de vie sur terre ». Le terme : « la vie », possède maintes significations et insinuations. Par exemple, la vie humaine signifie non seulement l’état vivant mais aussi la route de la vie d'une personne. Nous croyons que la vie, la mort et la nature sont connectées mutuellement. (voir mon essai sur les idées d'inochi)

 

Quel est l’objective de l’étude de la vie ?

 Notre objective final est de vivre dans cette société sans regret. Pour y parvenir, il faut reconsidérer sérieusement le sens de notre propre vie et de notre propre mort. Au sein de cette société matérialiste, capitaliste et profondément influencée par la technologie scientifique, nous avons tendance à oublier le sens de la vie et la valeur de notre existence.  Nous devons radicalement critiquer l’aspect négatif de la civilisation contemporaine, de la technologie scientifique et du capitalisme. Le gender, la sexualité, la violence, la guerre sont aussi des thèmes importants de l’étude de la vie. Nous avons besoin de sagesse et de soutien mutuel au niveau intellectuel. C’est pourquoi l’étude de la vie est indispensable.

 

Mais nous avons déjà la bioéthique et l’éthique environnementale !

 J’ai étudié d’abord la bioéthique et l’éthique environnementale, mais il m'est apparu tout de suite qu’elles avaient des défauts funestes :

 1) la bioéthique médicale est séparée de l’éthique environnementale,

2) la bioéthique a éludé les questions concernant « le sens de la vie » et « la nature de la civilisation contemporaine »,

 3) elles concentraient leur attention sur « l'éthique » et semblaient manquer d’égards pour les autres approches.

 Ainsi j’ai conclu que nous avions besoin d’une autre approche pour ce thème. Je ne suis pas satisfait de l’éthique appliquée.

 

Peut-on donner des exemples concrets de l’étude de la vie ?

 J’ai édité plusieurs livres et d'abondants essais sur l’étude de la vie, cependant la plupart sont écrits en japonais. Ce qui suit donne un aperçu de mes travaux. Je les traduirai bientôt et les téléchargerai sur ce site.

 1)L'analyse de la mort cérébrale orientée vers la relation humaine : dans mon livre "personnes à l’état de mort cérébrale" (1989), j’ai soutenu que la mort cérébrale devait être interprétée comme une forme de « la relation humaine ». J’ai prêté une attention particulière à l’aspect émotionnel et à la réalité intérieure des membres de la famille de la personne à l’état de mort cérébrale. Vous pouvez en lire la traduction du premier chapitre. Les aspects légaux et sociologiques peuvent être trouvés dans rapport spécial.

 2)La recherche sur les images de la vie parmi les gens ordinaires : bon nombre de points intéressants ont été trouvés dans mon essai " le concept d’Inochi(la vie) " (1991). Beaucoup de Japonais ( et probablement les gens du monde entier ) saisissent l’idée de « la vie humaine » dans la relation avec la vie de la nature. Les images de « la vie », « l’esprit » et « la nature » se superposent dans leur vision du monde. Les mots clé sont « la mutualité et l'irremplaçable ». J’ai analysé les différences culturelles de l’éthique de la vie dans les essais la bioéthique et la culture japonaise (1995) et les approches interculturelles de la philosophie de la vie dans le monde contemporain (2003).

3) la troisième voie entre religion et science : dans le livre comment vivre l’âge post-religieux (1996), que j’ai écrit en réaction contre l’affaire du gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995 avec le culte d’Aum Shinrikyo , j’ai examiné les opportunités de rechercher « la spiritualité » et « le sens de la vie » en dehors de la religion.

4) les trois natures de la vie humaine : dans la série d’essais la vie déchirée (1995 – 1998), j’ai insisté sur le fait que ces trois natures, appelées « la nature d’être connecté (avec toutes les choses vivantes)  », « la nature pour ses propres intérêts » et « la nature de l’appui mutuel » sont profondément incarnées en nous . Ces natures se maintiennent parfois en harmonie mais entrent parfois aussi en conflit l’une avec l’autre.

5) le sens de la sécurité fondamentale : dans le livre l’étude de la vie : qu’en faire ? – mort cérébrale, féminisme, et eugénisme – (2001), j’ai remis en question cette idée : « le sens de la sécurité fondamentale » comme mot clé pour réfléchir sur l’impact psychologique négatif de ce nouvel eugénisme. Vous en trouverez le sommaire dans cet essai. J’ai également examiné « la sexualité des hommes » qui oblige indirectement les femmes à avorter quand les hommes ne sont pas disposés à avoir d'enfants. Ce genre de violence appartient au côté caché  de la nature humaine, qui devra être porté au jour dans le domaine de l’étude de la vie. J’ai analysé la littérature bioéthique du Japon des années 70 et démontré que le féminisme et l’étude des handicapés faisaient de la bioéthique une discipline plus attractive. Ce livre inclut d'autres idées importantes.

6) une critique de la civilisation contemporaine : dans un prochain livre (2003, le titre n’est pas encore décidé), je critiquerai fondamentalement les aspects négatifs de la civilisation contemporaine du point de vue de l’étude de la vie, particulièrement celles des Etats-Unis et du Japon. Notre désir sera complètement examiné. Il sera le livre le plus important de l’étude de la vie.

Il y a d'autres sujets de l’étude de la vie. Vous pouvez les trouver sur mon site en japonais.

 

Comment est-ce qu'elle diffère de l’approche religieuse ?

Je n’affirme ni mets en doute la religion. Je crois que nous pouvons parler de la spiritualité et du sens de la vie sans employer le langage religieux. L’étude de la vie devra être un projet dont nous pouvons communiquer et apprendre l’un l’autre avec ou sans religion. Personnellement je n’ai pas d'appartenance à une religion spécifique. Je suis agnostique.

 

Est-ce que nous allons fonder une revue académique, une association ou un institut ?

Ce que nous voulons est un « réseau » et pas une association académique ou un institut.  Le système bureaucratique et/ou hiérarchique tue « la vie » de l’étude de la vie. Le réseau sans frontières de l’étude de la vie est préférable. Peut-être pourrons-nous avoir une revue en ligne comme future possibilité. Nous avons une mailing list pour le groupe de la recherche de l’étude de la vie. N’hésitez pas à nous joindre.

 

      2. La déclaration de l’étude de la vie : six propositions (2000)

 

* C’est une ébauche écrite en 2000

* Veuillez voir la version éditée dans cet article (2003)

 

La déclaration de l’étude de la vie : six propositions

Le 19 novembre 2000 ... par Masahiro Morioka ( Réseau International de l’Etude de la Vie)

 

1. L’étude comme une forme de sagesse

L’étude de la vie est un mouvement vivant de notre sagesse dans lequel nous explorons la signification de la vie, de la mort et de la nature, en lutte contre notre désir intérieur et essayant de trouver une manière de résoudre les questions contemporaines concernant la vie comme la manipulation génétique en matière de vie humaine, l'exploitation de l’environnement et de beaucoup d’autres problèmes que nous avons créés nous-mêmes au cours des siècles.

N.B. : L’étude de la vie n’est pas de la « science » dans le sens contemporain du terme. L’étude de la vie est de la sagesse, ce n’est pas une connaissance objective. La sagesse de l’étude de la vie est subjective, mais cela est hautement synthétisé. Le but de la « science » est d’augmenter la connaissance objective. Cela n’est pas le but de l’étude de la vie. L'important de l’étude de la vie est la transformation de nous-mêmes et de notre civilisation, d’exprimer ce que nous avons appris par nos propres expériences et de communiquer entre nous. Il faut une évaluation positive de la sagesse subjective. Nous devons créer une nouvelle méthodologie pour l’étude de la vie qui soit complètement différente de la « science moderne ». L’étude de la vie ressemble à la philosophie dans son sens originel dans l’Antiquité grecque.

2. La critique de la civilisation contemporaine

C’est notre civilisation contemporaine qui a créé les questions bioéthiques et environnementales et la crise psychologique d’aujourd’hui. La civilisation moderne est caractérisée par la technologie scientifique et le capitalisme. L’étude de la vie connecte la critique de la civilisation moderne avec les questions concernant la vie, la mort et la nature. L’étude de la vie éclaire la nature de la civilisation moderne et montre une façon de vaincre les effets négatifs de la technologie scientifique et du capitalisme.

N.B. : La bioéthique marque une carence de telles critiques.

L’étude de la vie critique

*notre désir intérieur d’accéder à une vie confortable et aussi longue que possible

*les systèmes sociaux qui nous donnent la possibilité de poursuivre ce désir

*notre propre duperie détournant notre regard du côté obscur de notre esprit

*la technologie scientifique et le capitalisme qui nous offrent des plaisirs éphémères et une liberté superficielle

*la civilisation contemporaine, spécialement aux Etats-Unis et au Japon, qui tue notre sagesse

3. Le sens de la vie

Notre vie dans ce monde est limitée. Nous vivons cette vie limitée et mourons tôt ou tard. Un des buts les plus importants de l’étude de la vie est de bien penser comment vivre sans regret dans cette société moderne. Quelques exemples des principales questions : « comment dois-je vivre ? »  « quel est le sens de la vie ? » «  comment être confronté à soi-même ? » Il faut arriver à une compréhension profonde et philosophique de la vie et de la mort comme base de critique de la civilisation contemporaine.

N.B. : C’est une des plus importantes thèses de l’étude de la vie qu’il faut reconsidérer notre propre vie et nous-mêmes dans la réalité journalière pour comprendre la structure profonde de la civilisation contemporaine. J’ai abordé ce sujet dans mon livre pour vivre à l’âge post-religieux. Le premier pas de l’étude de la vie consiste à se reconsidérer soi-même c'est-à-dire sa propre façon de penser, de vivre, de sentir et d’exister dans tous les actes de la vie quotidienne. On doit regarder en face sa propre réalité qu’on a dissimulée habilement à soi-même et dont on ne veut plus rien savoir. Dans ce processus, on sera démantelé et l'existence commencera à se transformer d'elle-même. Notre façon de penser et de vivre doit changer. L’étude de la vie est la sagesse qui soutient la tentative de changer le sens de notre vie et de la civilisation.

4. Les relations et l’irremplaçable

Tous les êtres de l’Univers et spécialement tout ce qui est vivant sur la planète Terre, sont imbriqués dans les « relations » fondamentales. Ils ne peuvent exister hors ces relations. En même temps, chaque être dans ces relations est irremplaçable pour l'autre. Dans l’étude de la vie, nous regardons toutes les choses dans la perspective de la réciprocité entre « les relations » et « l’irremplaçable ». Les questions environnementales et la philosophie de la vie et de la mort doivent être considérées dans cette perspective.

5. La reconsidération du désir, de la violence, de la liberté et de la spiritualité

Dans l’étude de la vie, nous reconsidérons fortement nos « désirs » et notre « violence » qui constituent la force motrice de base de la civilisation contemporaine. Nous prenons nos distances par rapport à une simple affirmation de tous ces points et à une abstinence extrême. Nous les critiquons et essayons de trouver la façon de dominer nos désirs et notre violence. Nous distinguons « la liberté superficielle » de la civilisation moderne de « la liberté riche » qui nous conduit aux vrais plaisirs de la vie. Nous recherchons une « spiritualité post-religieuse » qui ne soit pas fondée sur une religion en particulier.

NB : C’est la tâche principale des chercheurs dans le domaine de l’étude de la vie. J’ai préconisé « la spiritualité post-religieuse » dans mon livre Pour vivre à l’âge post-religieux. Je ne vise pas à dénier la religion. Je souhaite au contraire le dialogue entre l’étude de la vie et la sagesse religieuse dans un respect mutuel.

6. Le soutien à distance

Nous avons besoin d'un réseau de personnes dans lequel tout un chacun, en lutte contre lui-même pour donner un sens à sa vie, donne et trouve un soutien mutuel à distance. Nous n'adhérons pas à une communauté fermée où tous partagent le même standard de valeurs. Par contre, nous nous préservons un espace de solitude, luttons contre nous-mêmes et essayons de changer le principal courant d’idées de cette société. L’étude de la vie doit être une forme de sagesse qui soutienne ces activités.

 

3. Sur les termes « l’étude de la vie »

 

    J’ai utilisé les termes « l’étude de la vie » pour la première fois dans mon livre une invitation à l’étude de la vie (1988), mais c’était le mot japonais « seimeigaku », qui correspondait à cette terminologie. J’ai commencé à utiliser les mots anglais « life studies » (ce qui correspond aux termes « l’étude de la vie » ) au début des années 90. Actuellement le mot « seimeigaku » est devenu populaire au Japon, mais la terminologie anglaise « life studies » n’est pas encore familière pour les anglophones.

Le mot « la vie » a diverses significations . Nous pouvons nous embrouiller parce que nous en arrivons à tellement d'implications. Prenons quelques exemples sur le web.

 « life studies » a au moins cinq significations : 

  1. L’étude de l'histoire personnelle de quelqu'un. Voir The Aphra Behn Society.
  2. L’étude des questions de la vie quotidienne comme par exemple l’alimentation, la santé, le loisir, le gender,  les races, la discrimination etc. Voir College of Applied Life Studies at University of Illinois.
  3. L’étude des aspects religieux, spirituels et éthiques de la vie humaine. Voir Center for Life studies, Sunbridge College, NY.
  4. L’éducation au sujet de la vie sauvage et l’écologie, par exemple, Sea Life Studies,Inc., Life Studies Homepage.
  5. Le programme des cours de l'enseignement secondaire. Voir Buffalo Grove High School Stockport Grammer School. Cette nomenclature utilisée au niveau de l'enseignement secondaire m’intéresse beaucoup.
  6. Robert Lowell, poète bien connu, a publié un livre intitulé « Life Studies » en 1959, pour lequel il a reçu le 'National Book Award'.

 

Je veux proposer de donner un nouveau sens à « life studies » et procurer aux mots une vie nouvelle.

 

texte original en anglais: What is Life Studies?

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